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Responsabilités du soignant dans l’exercice de ses fonctions

Soins infirmiers

Gestion du risque infectieux chez le personnel soignant des urgences

 
M. Cherkaoui, Maîtrise Sc. Inf.
Division des soins infirmiers – Direction du centre hospitalier Ibn Sina - Rabat

Le service des urgences est un milieu où le personnel soignant est exposé à plusieurs risques, dont celui de la contamination par des agents infectieux viraux, bactériens ou parasitaires. Ainsi, les contacts avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus contaminés peuvent transmettre les virus des hépatites B (HBV) et C (HCV), le virus de l'immunodéficience humaine (HIV), le bacille tuberculeux ou le sarcopte (gale). Ces risques doivent être le souci permanent des soignants, des gestionnaires des hôpitaux et ceux des services des urgences. De même, la survenue d’une contamination d’un membre du personnel ne peut être considérée comme un effet du hasard et peut être évitée, si des mesures de prévention sont mises en place et respectées.

 

 Contamination par VIH, VHB et VHC

Le sang et les liquides biologiques véhiculent le VIH, le VHB et le VHC et constituent une source de contamination du personnel soignant. Le premier cas de contamination professionnelle par le VIH a été rapporté en 1984 [1, 2].

 

Le risque :

Le risque d’exposition professionnel au VIH dépend avant tout de la prévalence de l’infection VIH chez les patients soignés[2]. Des études ont démontré que le risque de transmission du VIH à partir de patients connus séropositifs est de 0,32% après exposition percutanée, et 0,03% après exposition cutanéo-muqueuse. Comparé à la transmission de l’hépatite B ou de l’hépatite C, ce risque est plus faible : 20-30% pour le VHB après piqûre d’aiguille et 3% pour le VHC[3]. La quantité du sang dans une aiguille souillée et la forme de l’aiguille semblent modifier ce risque. La quantité de sang inoculée avec une aiguille creuse est supérieure à celle transférée avec une aiguille pleine. De plus, les aiguilles creuses utilisées pour les ponctions veineuses ont plus de chance de contenir du sang que celles utilisées pour les injections intramusculaires[3]. Les catégories professionnelles les plus exposées sont le personnel infirmier, les biologistes, et les médecins. Pour ces derniers, les anesthésistes réanimateurs semblent être les plus exposés.

 

Circonstances : 

  • Ponction veineuse ou artérielle: injection, prélèvement, voie veineuse, gazométrie ;
  • Pose ou retrait d’une perfusion ;
  • Manipulation d’objets tranchants : lames de bistouris, aiguilles pour sutures… ;
  • Projection lors de l’intubation, de mise en place de la sonde gastrique etc. ;
  • Recapuchonnage des aiguilles ;
  • Projection de sang; sang sur la peau ;
  • Nettoyage et entretien du matériel souillé sans décontamination préalable ;
  • Blessure accidentelle par un collègue.

Causes :

  • Précipitation et rapidité de gestes : urgence, afflux massif de patients ;
  • Surcharge de travail ;
  • Personnel inexpérimenté (débutants, stagiaires) ;
  • Non disponibilité ou utilisation inadéquate du matériel (gants, conteneurs, vacutainers …) ;
  • Malade agité ;
  • Objets traînants souillés.

Tuberculose, gale, infections streptococciques de la peau

A côté des risques d’accident d’exposition au sang et en l’absence de mesure de prévention, le personnel des urgences peut être contaminé par d’autres affections bactériennes (la tuberculose, les infections streptococciques de la peau) ou parasitaires (la gale). Parmi les causes de contamination on note l’ignorance du statut infectieux des patients admis aux urgences, l’inexistence ou mauvaise utilisation des moyens de protection (gants, bavettes, surblouses); la non disponibilité de lavabos à proximité des lieux des soins ou nombre insuffisant et parfois la présence de vecteurs de transmission (mouches).

 

Gérer le risque

Goguey (1999), définit le risque comme étant « la probabilité de survenue d’un événement indésirable causant un préjudice au patient (mais aussi au soignant voire au visiteur) » [4]. Il ajoute que les risques sont souvent dus à la défaillance humaine individuelle mais aussi, aux dysfonctionnements organisationnels hospitaliers. La survenue de contamination peut être donc évitée, si des mesures de sécurité individuelles, mais aussi organisationnelles au niveau des services des urgences, sont observées. Des stratégies de prévention et de surveillance de la survenue de la contamination doivent être envisagées, par les gestionnaires hospitaliers et ceux des services des urgences.

 

Mesures de prévention :

  • Bonne connaissance du risque ;
  • Meilleure organisation du travail ;
  • Disponibilité et utilisation rationnelle des moyens de protection (gants, bavettes, calots, lunettes de protection...) ;
  • Respect des règles d’hygiène (lavage des mains, lutte contre les vecteurs, usage de produits décontaminants) ;
  • Vaccination du personnel de soins.

Formation et information :

La formation et la sensibilisation des soignants des urgences sont indispensables et doivent se focaliser sur les points fondamentaux suivants :

  • La gravité des différentes pathologies contaminantes;
  • Les modes de contamination;
  • Les situations à risque;
  • Les moyens de prévention ;
  • La conduite à tenir en cas d’exposition.

Surveillance :

Pour assurer un meilleur contrôle des risques, il convient de mettre en place un système d’identification et d’analyse des situations à risque et prévoir un plan de prévention contre les risques identifiés. Le signalement précoce et systématisé des événements indésirables, à l’aide d’une fiche de déclaration d’incident, doit être envisagé dans les structures de soins marocaines. De même, un suivi et une prise en charge du personnel en cas d’exposition devraient être intégrés parmi les activités essentielles des services de médecine du travail.

 

Conclusion

Les soins en urgence ne peuvent être un prétexte pour négliger ni les règles d’hygiène et d’asepsie, ni les mesures standards de prévention contre l’exposition au risque de contamination. Les soins sont identiques qu’il s’agisse de situations habituelles ou en cas d’urgence. De ce fait, la conduite des soins n’est modifiée que par le temps requis pour le soin urgent. Les circonstances de travail au niveau des urgences, ne doivent influencer ni la qualité des soins, ni les mesures habituelles de protection contre la contamination

 

Références :

1. AUBRY, P. & AUSSEDAT, .M. Les accidents avec exposition au sang. http://www.urgence-pratique.com/2articles/3. Consulté le 06/10/2007.

2.Iten, A., Colombo, C., Ruef, C. et Jost, J, (1995). Risques de contamination du personnel soignant avec le virus VIH. Suisse noso ; Volume 2, Numéro 2, Juillet 1995.

3. Evans, B.G. & Abiteboul, D. (1999). Bilan des infections professionnelles par le VIH : les données de la littérature jusqu’en décembre 1997. PHLS Communicable Disease Surveillance Centre, Londres, Angleterre.

4. Goguey M. ; (1999). La gestion des risques à l’hôpital : une nécessité.

5. Tramunt, C. ; (2001). Les diverses pratiques de vigilance développées en milieu hospitalier : La vigilance appliquée au personnel. Techniques Hospitalières ; n° 654 - Mars 2001 ; p.34.

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